70 printemps moins 2

Aujourd’hui mon papa aurait eu 70 ans. 70 ans c’est jeune, ça se fête encore et ça laisse présager encore une bonne dizaine d’années devant soi (voire plus pour certains).

mon daron jeune et fringuant

Aujourd’hui mon papa aurait eu 70 ans. 70 ans c’est jeune, ça se fête encore et ça laisse présager encore une bonne dizaine d’années devant soi (voire plus pour certains). 70 ans c'était l'âge qu’il s’était fixé, son but de vie car il aurait voulu voir aboutir son plan savamment élaboré, ou “comment tout prévoir pour que l’état empoche le moins d’argent possible lors de son décès”. Ca faisait plus de 10 ans qu’il réfléchissait, faisait ses calculs, rencontrait des notaires pour réussir à nous léguer le maximum de son vivant pour que l’état n’en voit pas la couleur une fois qu’il serait 6 pieds sous terre. Alors, ne nous méprenons pas, mon père n’était pas riche, sa famille non plus, on parle ici d’un héritage tout à fait commun mais ce qui lui plaisait dans ce jeu, au-delà du point de vue pécunier, c’est justement la stratégie qu’il avait mise en place. D’ailleurs lorsqu'à son décès nous avons rencontré les différents organismes, chaque intervenant félicitait sa présence d’esprit pour avoir plutôt bien préparé sa succession. Sauf que voilà, il n’a pas pu aller au bout de son plan car il est parti 2 ans trop tôt. 

Aujourd’hui mon père aurait dû avoir 70 ans et ce weekend j’ai appris que le bébé que j’attendais ne vivait plus. Alors depuis hier, je suis à la lettre le traitement adéquat pour évacuer cette nouvelle grossesse arrétée. Ce week-end férié aurait dû être une fête et c’est un nouveau deuil à faire. Le deuil d’une 4ème grossesse arrétée, le deuil d’un papa qui n’est plus là, le deuil de ne pouvoir appeler ma maman car elle non plus n’est plus là, je ne l'entendrais plus me réconforter. Le deuil de devoir accepter que ma vie est bien différente de celle des gens qui m'entourent, car au vu de tout ce que je vois sur les réseaux, c’est un weekend plutôt heureux pour beaucoup, je vois passer des photos de mariages colorés, de pique-niques ensoleillés entre amis, de concerts partagés, de week-end prolongés dans la nature. C’est beau, c’est chaud. Pour ma part ce week-end se passe cloîtrée à être à la merci de ce corps qui expulse ce qu’il a cherché à créer sans succès il y a 8 semaines, à essayer de comprendre le sens de cette accumulation d’épreuves, de coups de poings dans le ventre de la vie, de cette solitude car il faut être tout à fait honnête mais les gens s’éloignent de nous, par pudeur, par impuissance, par manque de temps aussi. Alors je vais devoir passer ce weekend et les jours qui vont suivre, à trouver de nouveaux trésors d’ingéniosité pour tromper mon cerveau et l’occuper du mieux que je peux pour ne pas penser, pour ne pas projeter ce bébé qui aurait dû voir le jour pour mes 40 ans, pour ne pas me comparer aux autres à qui tout semble plus facile, pour ne pas me remettre pour la 1000ème fois en question et me demander qu'est ce qui va pas chez moi pour que la vie soit si exigeante avec moi. Je vais devoir prendre soin de moi et de mon amoureux et essayer de recoller du mieux que je peux les milles morceaux de nos coeurs déjà bien abîmés et espérer du plus profond de moi que ça tiendra le coup pour la prochaine étape. 

une manière d’exorciser…


Je suis Tiphanie et depuis plusieurs mois j’écris sur 2 sujets qui me tiennent particulièrement à cœur, le deuil et l’infertilité. 2 sujets qui se sont entremêlés dans ma réalité quotidienne et qui me bouleversent profondément. Je suis plutôt pudique de nature mais depuis plusieurs jours tout me pousse à partager mon parcours, peut-être qu’il résonnera et aidera celleux qui en ont besoin. 

Que la vie te soit douce,

Tiphanie

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